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Merci Gérard

Gérard Najman

« je démissionne du Conseil Municipal

mais je reste militant au sein de

Décidons Notre Ville et de Cachan Ensemble »

Prise de parole au conseil Municipal du 28 septembre 2017

Monsieur le Maire, chers collègues, chers Cachanais présents dans cette salle, chers fonctionnaires municipaux.

Ce soir était ma dernière séance, séance de Conseil municipal, pas séance de cinéma, encore que parfois il est difficile de faire un distinguo entre les deux.

Dans les jours qui viennent, je vais adresser ma lettre de démission à Monsieur le Maire comme le prescrit la loi.

J’ai néanmoins souhaité vous dire quelques mots en guise d’adieu à cette assemblée.

Tout d’abord, je démissionne sain de corps et d’esprit, de mon plein gré, sans aucune obligation autre que celle de mon engagement citoyen : avoir fait mon temps depuis juin 1995, première fois où j’ai siégé comme conseiller municipal, et laisser la place au suivant sur notre liste Cachan Ensemble pour s’exprime la diversité politique de notre collectif qui réunit des personnes issues d’un mouvement citoyen, de 3 partis politiques, ou sans appartenance politique, et permettre à d’autres membres de notre liste de siéger.

Je reste militant au sein de Décidons Notre Ville et de Cachan Ensemble.

Toutes les séances du Conseil municipal sont préparées collectivement par les élus et un groupe de soutien qui réunit toutes les sensibilités politiques, depuis l’analyse des dossiers et des délibérations aux prises de parole. Celui ou celle qui intervient est le porte-parole du collectif. ‘’Un pour tous, tous pour un’’, vous connaissez cette célèbre formule. Celui qui va me succéder au sein de cette assemblée a participé assidûment au groupe de soutien. Il ne faut pas vous attendre à une révolution dans notre mode de faire.

Notre travail collectif se traduit, cela ne vous aura pas échappé, dans les tribunes : en phase avec le fonctionnement du collectif, nous avons choisi de ne pas scinder notre groupe pour bénéficier de multiples tribunes comme l’ont fait les deux autres listes qui se sont présentées aux élections municipales. Une tribune unique, discutée, rabotée au dam de certains (pas toujours les mêmes) pour rester dans le format imposé.

Après cette séquence au cours de laquelle j’ai évoqué le collectif, je souhaite revenir de manière plus personnelle sur le parcours qui m’a mené au Conseil municipal, avec l’exercice de responsabilités tant dans une minorité politique que dans la majorité.

Ce fut une expérience passionnante, enrichissante que personne dans cette assemblée n’a eu l’opportunité de vivre.

J’ai essayé de reconstituer les différents éléments du puzzle qui ont conduit à ce parcours. Je ne vais pas être exhaustif, rassurez-vous.

Mon premier contact avec l’urbanisme et la participation citoyenne date de fin 1970.

Je suis alors élève ingénieur en 3e année de Centrale. J’assiste à une conférence de Robert de Caumont, à l’époque conseiller général divers gauche du Calvados et fonctionnaire au Commissariat au Plan.

Le sujet : les Groupes d’Action Municipale, les GAM. C’est certainement ce qui a déclenché en moi cette volonté d’engagement vers l’autogestion et la participation des citoyens aux décisions.

Robert de Caumont est devenu maire PS de Briançon en 1983. Je viens de découvrir qu’il est mort le mois dernier.

Mon premier contact avec le monde associatif date de 1973.

J’habite Paris. Pour reprendre la pratique du volley ball, j’adhère au club omnisport FSGT, la Fédération Sportive et Gymnique du Travail, du XIe arrondissement : l’Entente Sportive et Culturelle du XIe. En 1975, le président me propose de prendre des responsabilités au sein de la section volley ball : la trésorerie. En 1977, j’en deviens le président jusqu’à mon départ en 1982.

Mon premier contact avec le maire de Cachan date de juillet 1979

A l’époque je m’apprête à quitter Paris pour la proche banlieue sud. Je travaille à Bagneux, au CODRA, société de conseil à la décision et à la réalisation en aménagement. Des élus, j’en rencontre souvent dans mon activité professionnelle.

Le CODRA est une société autogérée. Tous les salariés en sont actionnaires.

Avant de signer la promesse d’achat de notre maison à Cachan, je souhaite rencontrer le maire de la commune. Jacques Carat m’accorde un rendez-vous assez rapidement et consacre une heure de son temps à répondre à mes questions qui ont trait à sa vision de l’évolution urbaine de Cachan et à sa politique d’acquisitions foncières notamment. Propos très explicites, dont j’ai vérifié la réalité par la suite.

Nous nous installons à Cachan en janvier 1980. Notre fils ainé est admis à la crèche départementale Albert Camus à la Plaine : en 1982, je connais ma première expérience de vie locale avec la disparition programmée du jardin d’enfants qui est une belle réussite. Avec d’autres parents, nous créons une association pour défendre, améliorer et développer le service public de la crèche. J’en suis le président.

Premier contact avec le conseiller général du canton de Cachan, Jacques Carat, qui m’introduit auprès de son collègue du Conseil général en charge de la petite enfance. Nous obtiendrons le report d’une année de cette fermeture.

Ma deuxième expérience date de 1982 également.

Passant chaque jour à la double intersection des rues Marx Dormoy-Président Wilson et Marcel Bonnet pour me rendre à mon bureau, je peste contre la durée d’attente à ce carrefour. Le fonctionnement du cycle de feux me paraît inapproprié. La circulation fait partie de mon métier.

Je prends rendez-vous avec le Directeur des Services Techniques de la ville, Monsieur Grellier que je reverrai avec un plaisir partagé au fil des années, y compris après sa retraite, et lui propose de mettre en place des comptages de véhicules aux heures de pointe : je fournirai les bordereaux à remplir, j’assurerai la formation du personnel communal, j‘analyserai les résultats et ferai des propositions de modifications.

A l’occasion des réunions de travail, je rencontre le secrétaire général, Hervé Hocquard, son adjointe, Dominique Barjou, et le chef de cabinet du maire, Jean-Pierre Dubern.

Mes préconisations sur l’organisation du cycle de feux seront mises en place et les Cachanais n’observeront plus de bouchons rue Marx Dormoy.

Au cours d’une des réunions de travail, j’évoque l’absence de desserte du Coteau par les transports publics. Vient l’idée d’une navette municipale. Avec Dominique Barjou, nous imaginons sur plan un itinéraire et nous allons le reconnaître ensemble chrono en main pour simuler les temps de parcours et voir si le circuit est jouable avec un seul véhicule.

La navette municipale verra le jour en 1988.

Pour la petite histoire, début 1983, afin de me remercier, Jean-Pierre Dubern (directeur de cabinet du maire) m’invite à déjeuner à l’Ondine. Je décline sa proposition compte tenu de mes voyages professionnels.

Occasion manquée pour figurer sur la liste de Jacques Carat aux élections municipales de mars 1983 ? Peut-être.

En guise de remerciement, Hervé Hocquard me dédicace un livre dont il est le co-auteur avec Pierre Zémor, adjoint au maire de Cachan : ‘’La commune mise à jour’’, rédigé après la première loi de décentralisation de mars 1982.

Jacques Carat m’adresse une lettre de remerciements en soulignant ‘’l’importance de l’engagement bénévole de citoyens pour leur commune’’.

Lors des élections municipales de mars 1989, mon épouse, active au sein de la FCPE, est sur la liste de Décidons Notre Ville. A l’époque mes activités professionnelles me conduisent à être très souvent aux Etats Unis et en Asie. Entre deux voyages, elle me parle des membres de cette liste. Au soir des élections municipales, je fais leur connaissance et décide dans la foulée d’adhérer à DNV. J’y trouve ce que j’avais retenu des GAM.

En juin, après 6 années passés dans une entreprise industrielle, j’aspire à changer : j’entre dans le groupe Via Transport (maintenant Kéolis). Mon activité va être focalisée sur la France et je vais être beaucoup plus présent. Mon entrée à DNV devient plus concrète.

Je participe au groupe de préparation des Conseils municipaux et vient très assidûment soutenir, avec d’autres, notre unique élu de l’assemblée : Marcel Breillot, puis, pendant le reste de la mandature 1989-1995, Françoise Ballanger, puis Marie-Madeleine Coinchot, puis Marcel Ricard, puisque le principe politique de DNV est, en l’absence de participation à la majorité municipale, de mettre en place sur la mandature de 6 ans une rotation du conseiller municipal sur 4 périodes de 18 mois.

Fin 1989, la ZAC du Coteau surgit dans le domaine public. Avec d’autres habitants nous décidons début 1990 de créer une association de quartier pour nous poser en interlocuteur de la mairie pour les projets concernant le quartier. J’en suis le président. Es qualité, je serai amené à participer à des réunions de travail ou d’information avec Jacques Carat.

Viennent ensuite mes années de responsabilités au sein de Décidons Notre Ville.

J’en deviens président en novembre 1994 et je suis élu tête de liste pour les municipales de juin 1995.

Au 1er tour la liste dépasse les 10% des votants. Après l’échec des négociations d’entre deux tours, DNV maintient sa liste au second tour.

Je deviens conseiller municipal dans les mêmes conditions que lors de la mandature précédente, c’est à dire pour 18 mois.

En 1998, Jean-Yves Le Bouillonnec devient maire de Cachan.

En 1999, il fait deux ouvertures vers DNV, l’une à l’occasion de la révision du Plan d’Occupation des Sols, l’autre lors de la création de la Communauté d’Agglomération du Val de Bièvre : je n’entre pas dans les détails, ce n’est pas le moment.

Cette ouverture politique a été l’occasion de riches débats au sein de DNV dans les années 1999-2000 qui ont précédé les élections municipales de mars 2001.

En tant que président, j’en ai été un acteur engagé pour bien instruire la proposition qui nous était faite : former une seule liste de gauche pour le 1er tour.

Une très grande satisfaction : celle de voir, à l’issue de ces débats, cette proposition adoptée à la presque unanimité malgré la culture politique de DNV qui incitait à se compter au 1er tour pour peser. Cette liste d’union sera la ‘’liste de gauche plurielle et citoyenne’’.

La suite est plus connue : DNV fait partie de la majorité municipale avec un maire-adjoint et un conseiller municipal délégué.

Monsieur le Maire me délègue le domaine des affaires scolaires et périscolaires et la restauration scolaire.

Un mandat, puis un deuxième, passionnants et prenants avec la découverte de deux mondes que je ne connaissais pas ou que très peu : les services communaux et l’Éducation nationale.

Les services communaux : je regrette qu’aucun représentant ou représentante du service scolaire ne soit présent ce soir : cela m’aurait permis d‘exprimer en public ma gratitude pour leur professionnalisme et leur engagement pour la qualité de service offert aux Cachanais.

Mais je l’ai déjà exprimé directement aux intéressés en 2014 à l’issue de mon mandat de maire-adjoint.

J’adresse mes remerciements aux fonctionnaires municipaux présents ce soir.

Je veux évoquer le point d’orgue que fut l’éviction des squatteurs de la résidence du CROUS en août 2006 et leur accueil dans le gymnase Belle Image.

Point d’orgue parce que ce fut un grand moment de solidarité, parce que cette sortie de crise se fit par le haut. Il m’est arrivé à l’époque d’entendre à l’occasion d’une nouvelle rencontre ‘’Ah, vous êtes de Cachan. Cachan, il s’est passé quelque chose de très difficile avec des gens expulsés, mais ça s’est bien terminé, sans violence, dans la dignité.’’

Enfin, oui enfin, je veux évoquer à l’occasion de mon départ le souvenir de Jacques Carat.

Jacques Carat, qui, dans la première année de mon premier mandat de maire-adjoint, me demandait lorsque nous nous croisions à l’occasion d’une manifestation si je me sentais bien au sein de l’équipe municipale, si j’étais content de mes responsabilités de maire-adjoint. Je lui disais que oui, que c’était une belle expérience.

Je vais terminer en vous lisant les quelques mots qu’il m’a écrits dans ce même livre ‘’La commune mise à jour’’ qui m’avait été offert 20 ans plus tôt :

‘’Merci de cette occasion de vous féliciter pour votre participation à l’action municipale. Elle est précieuse et j’y ai appris beaucoup de choses à travers les idées et les propositions que vous défendiez quand j’étais Maire de cette commune. Avec mon très cordial souvenir.  » (Jacques Carat)

Merci à toutes et à tous.

16-17 juillet : se souvenir de la rafle du Vel’ d’Hiv’

Vel' d'Hiv_ligne de bus

Le 3 octobre 1940, avant même la rencontre entre Pétain et Hitler à Montoire qui marque ‘’l’entrée dans la voie de la collaboration’’, le gouvernement de Vichy promulgue un statut des Juifs qui les oblige notamment à se faire recenser à la préfecture. Ce recensement permettra peu de temps après la chasse aux Juifs lors des rafles de 1941 et 1942.

Le 7 juin, nous avons publié un texte de Maurice Rajsfus sur l’obligation qui fut faite aux Juifs de porter une étoile jaune.

Ce 16 juillet marque le 75e anniversaire de la rafle du Vel’ d’Hiv’ (du nom du vélodrome d’hiver qui fut détruit en 1959) qui eut lieu les 16 et 17 juillet 1942.

Cette rafle fut organisée de bout en bout par le directeur de la Police municipale de la Préfecture de Paris, Emile Hennequin, sous couvert du secrétaire général de la police du gouvernement de Vichy, René Bousquet, et de son adjoint pour la zone occupée, Jean Leguay.

Une circulaire de 8 pages datée du 13 juillet 1942 et signée d’Emile Hennequin définit dans ses moindres détails le profil des Juifs à arrêter et, pour chaque arrondissement de Paris et chaque commune du département de la Seine, le nombre de policiers et d’autobus à mobiliser.

 

Témoignage de Maurice Rajsfus, rescapé

Il y a soixante-quinze ans se déroulait l’innommable !

Le 16 juillet 1942, alors que le soleil n’est pas encore levé, l’armée répressive, exclusivement constituée de policiers municipaux qui relevaient de la Préfecture de Paris, se met en marche à Paris et en banlieue. Des coups violents ébranlent la porte de notre petit logement à Vincennes. Comme dans un rêve, j’entends hurler : ‘’Police ! Ouvrez !‘’ à plusieurs reprises.

Ce n’est pas un rêve ; c’est un cauchemar. Déjà deux policiers s’affichent dans l’encadrement de la porte que ma mère vient d’ouvrir. Depuis mon lit, j’aperçois deux cerbères en uniforme de la police française.

Les ordres brutaux, qui m’ont arraché au sommeil, et les apparitions de ces hommes qui repoussent ma mère, me font comprendre que tous les récits entendus quelques années plus tôt sur les pogroms qui s’étaient déroulés dans la Pologne natale de mes parents paraissent se réaliser ici, au pays des Droits de l’homme.

Résonne dans ma tête, comme autant de coups de tonnerre : ‘’Police ! Ouvrez !‘’

Soixante-quinze ans plus tard, cette injonction brutale ne cesse de me revenir en mémoire. Comme si cela ne tarderait pas à se reproduire. Je sais bien que ce ne sera plus jamais le cas mais, tant d’années plus tard.

Comment ne pas comprendre cette antipathie réservée aux policiers lorsqu’il m’arrive d’en croiser un dans la rue ou dans les transports en commun. Nul ne peut ignorer que de nos jours cet ordre hargneux ‘’Police ! Ouvrez !‘’ est réservé à d’autres parias qui ont la malchance de n’avoir pas de papiers d’identité en règle ou, tout aussi grave, d’afficher une couleur de peau peu conforme à celle tolérée par les racistes, dont il n’est pas possible d’exclure nombre de nos policiers.

Combien de fois dans mon sommeil agité, ai-je pu entendre cette vocifération, éructée par des hommes armés contre des familles sans défense : ‘’Police ! Ouvrez !‘’

Dans quel état d’esprit pouvaient être ces hommes qui accomplissaient cette tâche abjecte qui leur était dévolue, sans qu’ils envisagent de la refuser ? Se mettre au service de l’occupant ne leur avait pas posé de problème de conscience. Tous avaient accepté d’utiliser ces mots brutaux pour signifier que leurs victimes ne faisaient plus partie du pays réel : ‘’Police ! Ouvrez !‘’

Ces hommes obéissaient aveuglément à une hiérarchie qui, de son côté, trouvait tout à fait naturel de pourchasser une minorité, à l’imitation de leurs collègues allemands qui, depuis près de dix ans, s’étaient habitués à ces opérations d’épuration pour satisfaire l’ambition de leur Führer qui avait promis de rendre l’Allemagne judenreïn, c’est-à-dire nettoyée de ses Juifs.

Dans cette France, qui avait connu peu de temps avant le Front populaire, les xénophobes et les racistes prenaient leur revanche. Tous ravis de voir les occupants nazis se livrer à la chasse aux Juifs, avec comme hommes de main ces policiers et gendarmes qui, comme sous la République, ne connaissaient pas la désobéissance aux ordres reçus.

D’où ces missions criminogènes effectuées parfois avec la satisfaction du devoir accompli. Peu importait qu’au cours de ces descentes de police soient embarqués des femmes et des jeunes enfants, et même des vieillards grabataires.

Après la Libération

De Gaulle ayant remplacé Pétain au pouvoir, tous ces policiers qui avaient collaboré avec la Gestapo durant plus de quatre ans avaient déjà oublié leur passé honteux, tentant même de convaincre les Français, enfin libérés, qu’ils n’avaient cessé de lutter pour les protéger.

Presque tous ces hommes d’ordre, à la nuque raide, seront réhabilités la Libération venue, et même décorés collectivement de la Légion d’honneur pour être entrés en Résistance à la 25e heure. Tous, même les plus immondes, allaient être réintégrés rapidement, avec avancement dans les grades pour certains.

Comme il était loin le temps des ordres aboyés  : ‘’Police ! Ouvrez !‘’

A la limite, ils auraient même juré n’avoir jamais prononcé l’injonction menaçante. Leur rappeler le contraire aurait constitué une atteinte à leur honneur. Serviteurs de l’Etat, quel qu’il soit, nos policiers et gendarmes – il ne faut cesser de le rappeler – n’avaient jamais envisagé de refuser les missions qui leur étaient confiées par la Gestapo. C’est ainsi que, du 14 mai 1941 au 30 juillet 1944, près de 76 000 Juifs vivant dans ce pays – surtout des étrangers – avaient été arrêtés par leurs soins et parmi eux, quelque 11 000 enfants qui ne reviendront pas des camps de la mort.

‘’Nous ne faisions qu’obéir aux ordres de nos chefs ‘’ expliqueront certains bravaches qui n’avaient jamais entrevu la possibilité de changer de métier. Nombre d’entre eux se justifieront, avec cet argument stupéfiant : ‘’Si nous n’avions pas exécuté les ordres, d’autres auraient effectué les rafles à notre place, et peut-être même plus brutalement.’’

‘’Police ! Ouvrez !‘’

Les forces de l’ordre ne font pas de politique, nous a-t-on toujours expliqué. Moyennant quoi ces hommes en uniforme de la police française se sont avérés exécuteurs de la pire des politiques : celle de l’extermination systématique d’une population sans défense.

Impossible d’oublier

Impossible d’oublier cette horrible rafle du 16 juillet 1942 qui a fait de moi un orphelin à perpétuité.

Devenu apprenti sertisseur-joaillier après la déportation de mes parents, je trainais mon chagrin au fil des courses que mon patron me faisait faire. Je ne cherchais ni pitié, ni compassion, craignant surtout les face à face où les gens me regardaient avec une curiosité malsaine à la vue de mon étoile jaune, lorsqu’ils ne s’écartaient pas de moi comme si j’étais porteur d’une maladie contagieuse. Dans le métro, où je ne pouvais fréquenter que le wagon de queue, pas un sourire pour ce jeune garçon sinistrement étranger à ses compagnons de voyage. C’était un peu comme une punition supplémentaire venue augmenter ma détresse. Dans le rue, je rasais les murs, évitant le regard des policiers en patrouille, armés jusqu’aux dents.

Fréquemment, j’apprenais que l’un des clients de mon patron avait été raflé la veille. Il m’est même arrivé d’avoir été envoyé chercher un bijou chez un joaillier et de trouver porte close, les scellés ayant été apposés sur la porte d’appartement servant également d’atelier. Dans cette circonstance, j’avais rapidement pris le large, craignant la possibilité de la présence d’un policier à proximité de l’immeuble, en planque pour embarquer quelque possible victime de cette répression raciale animée par des policiers avides de résultats. Visiblement, cette porte avait été fracturée, avant que l’accès en soit interdit par les scellés. Les auteurs de cette incursion, outre l’injonction habituelle  ‘’Police ! Ouvrez !‘’ auraient pu ajouter, ce qu’ils avaient sans doute réalisé ‘’Ouvrez ! Ou on enfonce la porte !’’

Cela sans la moindre hésitation, accompagnés parfois d’un serrurier car les portes des professionnels de la joaillerie étaient souvent blindées, nos policiers, parfois recrutés au temps du Front populaire, n’hésitaient jamais à mal faire. Ce que je pouvais constater un matin de février 1943, devant la porte vandalisée de ce joaillier de la rue Geoffroy-Marie, à cent mètres de l’atelier qui m’employait.

Avec ma sœur, qui poursuivait ses études, notre plus grande chance c’était d’avoir été oubliés, aussi bien par la Croix-Rouge que par les services sociaux de la mairie de Vincennes. Je n’avais pas encore quinze ans, et ma sœur tout juste dix-sept. L’un et l’autre, en fin de journée, nous nous retrouvions, étonnés d’être toujours en liberté. Sous le regard peu convivial d’une concierge qui, à l’évidence, n’aimait pas les étrangers et, par conséquence, leur progéniture. En délicatesse avec le propriétaire qui s’inquiétait de ne plus recevoir régulièrement le loyer de notre pauvre petit logement, la concierge ne faisait que relayer le ressentiment de son patron-vautour.

Faute de pas connaître quelques élans généreux, non pas pour me plaitndre mais témoigner d’un minimum de solidarité à mon égard, je n’avais pas tardé à généraliser ma rancœur contre ces bons Français de souche qui s’accommodaient tranquillement des méfaits de l’Occupation dès lors que leur subsistance pouvait être assurée grâce au marché noir. Le seul envers qui j’éprouvais une réelle reconnaissance était encore ce patron d’apprentissage qui n’avait pas hésité à embaucher un apprenti porteur d’une étoile jaune : ce n’était pas interdit mais pouvait risquer de le rendre suspect en un temps où la délation était devenue un sport national.

Après le drame vécu avec ma sœur, tous deux désespérés, nous n’avions pas eu droit au soutien d’une cellule psychologique, comme cela se fait de nos jours pour les victimes d’attentats. Bien entendu, ce ne pouvait être le cas car nous avions été assaillis au nom d’une raison d’Etat – fut-elle proche du régime nazi. Dans ma mémoire blessée, ne cesseront jamais de résonner ces mots chargés de haine, braillés par ceux-là mêmes que l’on appelait encore gardiens de la paix :

‘’Police ! Ouvrez !‘’

Après la lourde épreuve de l’intrusion des policiers avait suivi la séparation d’avec nos parents. Nous nous retrouvions à l’air libre, ma sœur et moi. Désormais, notre prison se situerait à l’extérieur, après le départ de l’autobus où mon père et ma mère avaient été contraints de monter, vers une destination encore inconnue. M’attendait un nouveau constat de l’horreur connue depuis l’aube de ce 16 juillet 1942 : de retour le premier dans notre petit logement, j’avais eu la mauvaise surprise d’y trouver la concierge, fort occupée à secouer la porte du buffet, dans l’espoir de s’emparer d’un éventuel butin. Tentative de pillage, il n’y a pas d’autre mot ! S’étant vu remettre les clés par les policiers, après notre arrestation, la ‘’bignolle’’ n’avait même pas eu besoin de crier :

‘’C’est la concierge ! Ouvrez !’’

C’était l’image déformée d’une triste société ayant remisé son humanisme au vestiaire. Dans la rue, j’avais eu le sentiment de ne pas exister car les regards ne s’attardaient pas sur moi. Comme si cette étoile jaune qui me collait à la peau pouvait me rendre invisible.

Brutalement séparé de mes parents, je n’avais plus le moindre recours. En cette fin d’après-midi de juillet, où la chaleur était forte, les rares passants n’avaient que faire de ce garçon qui, ayant perdu ses repères, ne comprenait pas encore ce qui lui était arrivé quelques heures plus tôt. Comme un sinistre leitmotiv, lui reviennent en mémoire ces mots éructés par des policiers peu soucieux de savoir quel serait le sort de leurs victimes :

‘’Police ! Ouvrez !‘’

Pour ceux qui n’étaient pas au travail, c’était les vacances et, dans ce quartier de Vincennes, les quelques passants croisés ignoraient sans doute que, quelques rues plus loin, un petit pavillon avait été transformé en prison provisoire. Par ailleurs, chez ceux qui depuis leur fenêtre avaient pu assister au drame qui se jouait de l’autre côté de cette rue Louis-Besquel où une geôle collective avait été ouverte par les soins de la police française, nulle émotion visible.

Autre constat tout aussi étonnant : alors que j’avais dû traverser Vincennes pour informer la meilleure amie de ma sœur du drame qui venait de nous frapper, je n’avais pas rencontré le moindre soldat allemand. Etonnant, évidemment, car Vincennes était devenue ville de garnison pour l’armée occupante. A moins de deux cents mètres du lieu où nous avions été provisoirement enfermés, les casernements proches du donjon, ainsi que le Fort neuf et la caserne des Dragons, à l’orée du bois, fourmillaient habituellement d’uniformes vert de gris. Pas un Allemand dans les rues de Vincennes. L’Occupant tentait peut-être de convaincre la population que cette opération répressive relevait surtout de la volonté du pouvoir de Vichy de nettoyer la France de ses Juifs.

Au terme de cette journée qui s’était déroulée dans une chaleur éprouvante, un violent orage s’était abattu sur le région parisienne, comme pour laver le crime commis par ces policiers ayant oublié qu’ils avaient été – parfois – des policiers républicains …

Maurice Rajsfus

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Maurice Rajsfus est un rescapé de la rafle du Vel’ d’Hiv’ des 16 et 17 juillet 1942. Il vivait à Vincennes avec ses parents et sa soeur. C’est là qu’ils furent arrêtés le 16 juillet au petit matin.

Les deux enfants, du fait de leur âge (14 et 16 ans), furent relâchés. Les parents furent transportés jusqu’au Vel’ d’Hiv’, puis à Drancy avant d’être convoyés jusqu’au camp d’extermination d’Auschwitz.
Maurice Rajsfus, aujourd’hui âgé de 89 ans, vit à Cachan et intervient dans des classes de CM2 à la demande d’enseignants (écoles Carnot et Coteau). Pendant une dizaine d’années, il est intervenu lors de la commémoration de cette rafle du Vel’ d’Hiv à Cachan.
A l’occasion du 75e anniversaire de ces événements tragiques et alors que Mme Le Pen a tenté d’en réécrire l’Histoire lors de sa campagne présidentielle et que le nazisme n’est pas mort, il a jugé utile d’écrire un texte sur le port de l’étoile jaune rendu obligatoire à partir du 7 juin par une ordonnance des autorités nazies. Une façon de perpétuer pour les jeunes générations une mémoire qui s’étiole avec le temps et de les mettre en garde vis à vis de toutes les formes de discrimination.
Maurice Rajsfus est membre du collectif Cachan Ensemble. Le texte ci-dessus est une tribune libre qui n’engage que son auteur.

En route vers la conférence pour le climat de Paris – la COP 21

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Cachan ensemble soutient la mobilisation citoyenne de la conférence pour le climat et vous livre toutes les informations pratiques pour y participer !

Pour des raisons de sécurité, certaines manifestations sur l’espace publique sont annulées. Suivez le guide …

Les enjeux de la conférence climatique

Le 5ème rapport du Groupement Intergouvernemental des Experts du Climat (GIEC) publié le 2 novembre 2014 l’a confirmé : « le réchauffement du système climatique est sans équivoque et beaucoup de changements observés à partir des années 1950, sont sans précédent. Rester en deçà d’un réchauffement de 2° C à l’horizon 2100 par rapport à la période préindustrielle, est impératif pour éviter l’emballement climatique tant redouté et conditionne notamment la capacité à nourrir l’humanité qui dépassera les 9 milliards d’habitants en 2050« .

La Conférence Climat Paris‐le Bourget 2015 (COP 21), qui aura lieu du 30 novembre au 11 décembre prochain, devra conclure un accord contraignant et universel pour garantir cet objectif, tout en établissant une juste contribution pour chacun des pays de notre planète.

Pour comprendre en quelques minutes les grands enjeux des négociations, nous vous invitons à visionner ce film :https://www.youtube.com/watch?v=3J7H7e2cMd4

Jusqu’à présent les sommets internationaux n’ont pas débouché sur un accord global contraignant engageant les 195 pays. Pour la 1ère fois, la COP institutionnalise la place des collectivités et de la société civile en offrant en parallèle des lieux de négociations des espaces d’exposition et de débats.

Deux espaces officiels seront ouverts aux associations, collectivités et entreprises pendant la COP 21 :
  • L’espace Générations climat au Bourget du 30 novembre au 11 décembre

Dédiés aux activités et à l’expression de la société civile dans sa diversité, les espaces Générations climat ouvriront leurs portes du 30 novembre au 11 décembre 2015 (à l’exception du 30 novembre non ouvert au grand public et d’une fermeture complète le dimanche 6 décembre 2015). Accessibles à un large public, aux observateurs et aux négociateurs, les espaces Générations climat seront placés sous le signe des débats et du savoir.

Les organisations de la société civile pourront y présenter leurs projets, leurs initiatives et leurs solutions contre les bouleversements climatiques.
Plus d’infos
 : http://www.cop21.gouv.fr/

  • Solutions COP 21 au Grand Palais du 4 décembre au 10 décembre

Solutions COP21 est un dispositif de valorisation des actions concrètes et solutions pour le climat pendant 7 jours gratuits au Grand Palais ouvert à tous.Plus d’infos : http://www.solutionscop21.org/fr/

Une mobilisation citoyenne inédite

 

Ce sommet planétaire à Paris sera accompagné de plusieurs temps forts :

Découvrez et partagez les outils et propositions qui permettront de construire un mouvement ancré dans la durée : des solutions citoyennes du Village mondial des alternatives jusqu’aux débats et conférences organisés au Climat Forum.

AG quotidiennes, media center, activités grand public, rencontres avec des communautés en lutte…le CENTQUATRE deviendra le quartier général de la mobilisation citoyenne, ouvert à toutes celles et ceux qui souhaitent s’informer et prendre part aux actions.

Vous aussi soutenez la COP 21

 

La coalition Climat 21 est un collectif d’associations reconnu grande cause nationale par le 1er Ministre. La coalition a pour mission d’organiser l’accueil des 40 000 participants de la société civile qui viendront du monde entier participer à ce grand rassemblement pour le climat.

Toutes les collectivités sont invitées à soutenir l’accueil des délégations en ouvrant des lieux d’hébergement (gymnases, salle des fêtes …) et notamment pour la clôture de la conférence les 8, 9 et 10 décembre.

Vous aussi vous voulez accueillir des visiteurs, vous pouvez participer à la plateforme solidaire d’hébergement chez l’habitant :
http://coalitionclimat21.org/fr/contenu/hebergements

 

 

Voeux de Cachan Ensemble le samedi 24 janvier 2015

Le mouvement citoyen « Cachan Ensemble », un an après sa création et toujours en action, vous présente ses meilleurs vœux pour une année  2015 solidaire et participative.

 A cette occasion, il vous invite à partager un moment convivial, autour d’un buffet offert,

le samedi 24 janvier à 11h30

au patio de la Mairie

Ce sera l’occasion de faire un premier bilan de la nouvelle mandature et de vous présenter une relance, sous une forme renouvelée, des ateliers qui avaient été un temps fort lors de la campagne en 2014.

Nous vous proposons aussi à cette occasion d’afficher un mur d’expression: Vous pouvez apporter dessins de votre choix, ou quelques mots tout simplement, en écho et solidarité avec les événements douloureux que nous venons de traverser.

Venez nombreux pour juste être ensemble et partager un agréable moment de rencontre.

A bientôt

Cachan Ensemble

Rendre hommage et dire non – rassemblement dimanche 11 janvier 2015

 

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Des bras armés aveugles n’arrêteront pas des crayons guidés par des cerveaux libres. Leurs caricatures sont notre force, nos idéaux sont des armes ! 

A l’heure des vœux de nouvel an, formons celui que les lâches assassinats du 7 janvier 2015 soient le point de départ de l’engagement des hommes et femmes de bonne volonté pour défendre la paix, la fraternité et la tolérance contre la guerre, l’embrigadement et tous les intégrismes.

La LDH, la Licra, le Mrap et SOS Racisme appellent tous les citoyens à sortir de chez eux partout en France le dimanche 11 janvier 2015 à 14h30 (à Paris, place de la République, à 15h),  en hommage aux victimes de la tuerie de Charlie Hebdo.
Parce que nous n’acceptons pas le fanatisme et la violence, parce que nous sommes attachés à la démocratie et l’État de droit, parce que la liberté de la presse est un des biens les plus précieux que nous avons acquis, nous voulons vivre ensemble, sans racisme et sans discrimination, en paix et en harmonie quelles que soient nos origines, nous appelons les femmes et les hommes vivant en France, les organisations syndicales et politiques, les associations et tous ceux et toutes celles qui sont attachés à cet idéal de se joindre à nous, sans mot d’ordre ni slogan, sans banderole ni bannière.
Juste pour être ensemble.

Cachan Ensemble vous donne rendez-vous sur le quai de la station RER Arcueil-Cachan dimanche à 14h30 pour un départ groupé.

 Cachan Ensemble


Contributions :

Juste un hommage qui vient du cœur … Sid Seghier

plusbonnemine


Conseil municipal du 2 octobre 2014 : les élus de Cachan Ensemble quittent la séance

interpellation

Ce jeudi 2 octobre le Conseil municipal examinait son règlement intérieur pour 2014-2020 : triste soirée pour la démocratie locale.

A double titre :

  • – le Maire a balayé sans ménagement nos deux ultimes propositions  : le Conseil municipal reste une chambre d’enregistrement, sans débat et sans procès verbal;
  • – Cachan reste la dernière ville de l’agglomération sans droit d’interpellation du conseil municipal par les citoyens puisque sur ce point le règlement intérieur reste une loi sans décret d’application, donc inapplicable.

Face à ces atteintes à leur droit d’expression et de proposition, les élus de
Cachan Ensemble ont quitté la séance en signe de protestation.

intervention de Cachan Ensemble (cliquer)

Amendements déposés (cliquer)

 Communiqué de presse (cliquer)