La Cité d’artistes de Cachan – Pour une réinscription dans le territoire

Un texte de Jean-Claude Anglade, artiste plasticien

entree_cite_des_artistesEntrée de la Cité d’artistes, rue de la concorde

allee_des_artsAllée des Arts

Inscrite dans un site favorisant une vue circulaire sur Paris et la banlieue sud, la Cité d’artistes de Cachan est implantée en bordure de ville, à l’extrémité du quartier du Coteau, en limite avec l’autoroute A6. La construction des 11 pavillons conçus par les architectes Jean-Bernard Cremnitzer et Arno Heinz, a fait appel à des procédés innovants de poutraison métallique. Étape de promenade appréciée par les randonneurs, la présence du Jardin panoramique à ses côtés accentue son caractère paysagé. Si la qualité architecturale et environnementale de cet ensemble de 22 ateliers est reconnue, qu’en est-il aujourd’hui du projet ambitieux initié dans le cadre de « Banlieues 89 » par l’architecte-urbaniste Roland Castro ?

La construction de cette cité d’artistes est la dernière réalisation d’un programme de création d’ateliers-logements mené par le Ministère de la Culture de 1981 à 1990, en partenariat avec des villes, en Ile-de-France et en province. Ce dispositif fait partie des mesures d’aide de l’Etat à la création artistique mises en place par Jack Lang, après sa nomination comme ministre de la culture. Il fait l’objet à l’origine d’une convention entre la ville et l‘Etat. Cependant, l’attribution personnalisée des ateliers par une commission paritaire (Ville-État) ne favorise pas la dimension collective du lieu. La dynamique collaborative n’est pas un enjeu déterminant dans le choix d’installation des artistes-résidents venus d’horizons artistiques très différents.

La particularité de ce programme est d’avoir adopté un modèle profondément inscrit dans l’imaginaire collectif, celui de la « cité d’artistes ». Au début du 20ème siècle, les lieux de regroupement d’artistes, comme Le Bateau-lavoir à Montmartre, ont été le creuset de l’Art Moderne. En 1975, une mobilisation a permis de conserver à Paris certains de ces lieux historiques (La Ruche – La Cité fleurie) menacés de destruction par les promoteurs. Des lieux de travail partagés par des artistes existent toujours aujourd’hui. Ils occupent très souvent des zones urbaines abandonnées, des friches, des entrepôts désaffectés. Contrairement aux lieux collectifs autogérés, le regroupement des artistes à Cachan procède, lui, d’une logique institutionnelle. Mais le modèle de la « cité d’artistes » est-il encore valide aujourd’hui ?

La cité d’artistes a déjà 25 ans

Pensée à son origine comme pôle d’attractivité culturelle, le rayonnement de la Cité d’artistes reste, 25 ans après sa construction, très limité. Sa création a bien été l’élément déclencheur de la manifestation « Chemins d’art » qui propose chaque année, en octobre, une déambulation dans les ateliers des artistes cachanais, mais ces « Portes ouvertes » à l’échelle de la ville, ne favorisent pas particulièrement la lisibilité de la Cité d’artistes elle-même. Le catalogue réalisé en 2010 à l’occasion de ses 20 ans, à l’initiative de l’association des artistes-résidents, est jusqu’ici, la seule action de communication significative qui ait marqué officiellement son existence. De fait, son identité artistique repose entièrement sur la potentielle dynamique des parcours individuels de la quarantaine d’artistes qui y ont séjourné depuis sa création. Pour sortir de son isolement, la Cité d’artistes a besoin, de toute évidence, d’une action culturelle forte.

S’il reste le lieu d’intimité de la création, l’atelier n’est plus, depuis longtemps, le lieu de concentration de l’activité artistique, mais une base d’expérimentation où naissent les projets, parfois nomades. La démocratisation culturelle, opérée depuis les années 70, a transformé le contexte du travail des artistes. De nouveaux acteurs culturels sont apparus dans le milieu artistique, constitué autrefois principalement de collectionneurs et de galeristes. Le travail considérable de médiation accompli depuis une trentaine d’années par les Centres d’art contemporain a fait émerger de nouveaux processus économiques de productions artistiques liés à la commande publique. Ces résidences artistiques éloignent souvent les artistes des réseaux de proximité. Pour être encore valide, le modèle de la Cité d’artistes doit prendre en compte la réalité de ce nouvel environnement professionnel.

Un « lieu de fabrique artistique » abandonné

Dans le projet initial, la Cité d’artistes de Cachan comportait en plus de ses 22 ateliers-logements, un lieu de production artistique, consacré à des commandes publiques au niveau de l’Etat. Cette partie du projet a été abandonnée. L’emplacement prévu pour cet équipement est aujourd’hui marqué par une grande pelouse en bordure de la rue de la Concorde. Sa présence au sein de la Cité d’artistes devait jouer un rôle moteur dans le rayonnement du pôle artistique. Cette ambition de départ est révélatrice de la volonté des concepteurs du site de corriger l’isolement des ateliers dans la plupart des programmes précédents. Certains d’entre eux ont pourtant misé sur la cohabitation avec un pôle d’attraction culturel ou un site patrimoine. À Auvers-sur-Oise, par exemple, un ensemble d’ateliers a été implanté autour de la Maison du Docteur Gachet (mécène de Vincent Van Gogh) et est accompagné d’une Galerie d’art contemporain.

jardin_panoramiqueEmplacement du projet de « fabrique » abandonné

extremite_sudExtrémité sud du Jardin panoramique, rue de la Concorde.

Une réflexion s’impose maintenant pour redonner à la Cité d’artistes, située en lisière de la commune, coupée du centre-ville, le moyen de sortir de son isolement et d’imaginer un projet alternatif au lieu de fabrique artistique abandonné.

Un projet alternatif, un Jardin des arts

À l’horizon 2020 sera achevée, de l’autre côté de l’autoroute A6, la construction de la Gare Villejuif-Institut Gustave Roussy de la future ligne 15 sud du métro qui desservira 22 communes des Hauts-de-Seine, du Val-de-Marne, de la Seine-Saint-Denis et de la Seine-et-Marne. La rénovation urbaine envisagée dans le cadre du Grand Paris Express offre l’opportunité d’une réinscription de la Cité d’artistes de Cachan dans le territoire. Sa présence est pour l’instant ignorée par les promoteurs de ce projet.

Situé sur un des cheminements d’accès de cette future gare, les espaces actuellement « délaissés » en bordure ouest de l’A6 devront être réaménagés (passerelle, tunnel piétonnier…). Bénéficiant d’une nouvelle lisibilité, lieu de passage d’un nouveau public, la Cité d’artistes sera un atout important de la requalification du quartier du Coteau, appelé à devenir une des portes d’entrée de la ville. Dans cette perspective la vocation urbaine de la Cité d’artistes devra être redéfinie. La création d’un équipement public lui permettrait de trouver un nouvel essor, l’aiderait à construire des relations avec son environnement culturel et social.

Une option pertinente serait d’adosser aux ateliers-logements une structure culturelle dédiée à la formation artistique en direction d’un large public (enfants, adolescents, adultes, préparation des lycéens aux filières artistiques, accueil de groupes scolaires…). Un véritable accès à l’éducation artistique fait défaut aujourd’hui, les ateliers du CAPLAC ont quitté le théâtre Jacques Carat en travaux, pour des locaux exigus. Grâce à ce voisinage, les artistes-résidents pourraient prendre toute leur part aux actions pédagogiques : stages, cours, conférences. L’implantation de cet équipement en frontière du parc, respectueuse du site paysagé, serait aussi l’occasion d’une mise en relation de la Cité d’artistes avec le Jardin panoramique. Cet espace naturel favorise la présentation d’œuvres en plein air. Des résidences d’artistes mises en place en relation avec la ville et les structures culturelles régionales (MAC VAL, Centre d’arts, etc…) permettrait un programme, échelonné dans le temps, pour la création d’un Parc de sculptures.

La réunion dans un même Pôle de ces trois éléments : Cité d’artistes – Structure de formation artistique – Parc de sculptures, ferait de cet ensemble un Jardin des arts. Son offre d’activités artistiques et culturelles assurerait la fréquentation hebdomadaire de différents publics et donnerait vie à ce quartier pavillonnaire. La Cité d’artistes de Cachan pourrait alors jouer son rôle de médiation dans le dialogue avec l’art et la culture et devenir pleinement une actrice de la vie culturelle locale.