Regardez, il y a tout à voir !

710 Cachanais ont interpellé le Conseil municipal
en demandant la suspension du projet immobilier
au bas de la rue piétonne

Rédacteur : Gérard Najman

Espaces publics pour tous

Les programmes immobiliers se développent dans le quartier Cousté-Dolet. Des habitants
supplémentaires viennent habiter le centre-ville, y faire leurs achats, accompagner leurs enfants à l’école sur le chemin de leur lieu de travail …

Au contraire des programmes immobiliers qui se développent rue Cousté et rue Étienne Dolet, celui du  21-29 rue Guichard est situé au cœur de la ville historique, à la croisée de ses deux axes principaux :

  • · son cardo maximus (voir :  la ville romaine), l’axe pivot nord-sud, la rue Cousté et l’avenue Dumotel (qui avant la rénovation du centre-ville était bordée d’une place où se tenait un marché aux comestibles) avec en perspective les vignes du Coteau,
  • · son decumanus, axe est-ouest, la rue Guichard, piétonne et commerçante qui offre une vue sur le Coteau.

Dans la ville romaine, on y trouvait généralement le forum.

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rue Guichard, vers la partie piétonne

Dans la perspective du développement du futur quartier de la gare Arcueil-Cachan, ce cœur de ville doit accroître son attractivité, par la variété de ses commerces, par leur accessibilité, par son ambiance urbaine. Avant de parler « immeuble », il faut donc parler « vocation, utilisation et partage des espaces publics pour un lieu de vie et de rencontres ».

Pour cette raison, dès après la présentation fin janvier 2016 en Commission d’Urbanisme de ce projet immobilier à l’angle des rues Guichard et Cousté, nous avons agi tant au niveau du Conseil municipal que sur le terrain en discutant avec nombre d’habitants. L’immeuble du 31-33 rue Cousté était en cours d’édification. Certains de ces habitants ont utilisé le terme d' »enfermement » en évoquant tous ces nouveaux immeubles qui fleurissent et ont fait part de leurs difficultés d’être piéton.

La rue est un espace à vivre ensemble, prenant en compte tous les modes de déplacement (marche, vélo, transport collectif, covoiturage, voiture particulière, véhicules de livraison) et tous les usagers (enfants, adultes, personnes âgées, personnes à mobilité réduite ou avec autre handicap).

Et plus particulièrement dans cette croisée des cheminements puisqu’y passera la promenade interquartier qui s’étend déjà de la place Édouard Herriot à la Plaine à la rue Louis Georgeon à la sortie des rives de Bièvre avec pour objectif d’aboutir aux vignes du Coteau où l’ambition municipale est d’implanter une ferme pédagogique.

Nous ne savons pas où en est l’étude du passage par la place Jacques Carat et la place Eustache Deschamps (dont le Maire a évoqué la requalification) pour rejoindre la rue Guichard. Une chose est sûre : cette arrivée rue Guichard doit faire l’objet d’un traitement urbain, urbanistique particulièrement soigné.

Au début des années 1990 est née la « zone 30« . Depuis bientôt 10 ans existe la « zone de rencontre » ouverte à la circulation de tous les usagers et dans laquelle les piétons bénéficient de la priorité sur les véhicules : voilà donc un concept qu’il paraît particulièrement intéressant à étudier et à mettre en place dans ce lieu.

Action de Cachan Ensemble au sein du Conseil municipal

Le Conseil municipal a eu à délibérer le 18 février 2016 sur la cession de parcelles communales au promoteur SIER qui construit déjà l’immeuble du 31-33 rue Cousté. L’un des considérants de cette délibération était « l’absence de projet communal » : très surprenant.

Dans mon intervention lors de ce Conseil (voir l’intervention), j’indiquais :
 »Ce qui a été réalisé pour la future gare peut être mis en place pour le cœur de ville. Le comité de quartier peut organiser une enquête et concevoir ensuite un cahier de préconisations fondé sur un projet d’art de vivre avec des lieux de rencontre, cahier qui alimentera la définition d’un parti d’aménagement de cette croisée.
Parlons repères, perspectives, mise en valeur de la topographie. Faisons ensemble de l’urbanisme et non de la seule construction. Place au génie du lieu.
A l’image de la descente aux lampions de décembre dernier qui a fait converger les familles dans le centre-ville, des ateliers citoyens associant des habitants de différents quartiers peuvent être mis en place car le centre-ville appartient à tout le monde.
Voilà une belle perspective de participation citoyenne !
Pour lui permettre de voir le jour, notre groupe demande le retrait de cette délibération de l’ordre du jour. »

La délibération n’a bien évidemment pas été retirée de l’ordre du jour, mais en mai, une fois des actions démarrées sur site par Cachan Ensemble pour discuter avec les habitants et expliquer son point de vue sur le projet (voir le flyer de Cachan Ensemble), puis par le collectif Concertons Cachan pour faire signer sa pétition, la municipalité mettait en place un atelier citoyen sur  »l’aménagement paysager des rives de Bièvre et des sentes ».

Pas tout à fait le même sujet, mais un lien possible avec le travail à réaliser sur le débouché rue Guichard et la liaison avec la promenade inter-quartier si toutefois le pouvoir municipal a la volonté de le concrétiser. La question a été posée : la réponse n’a pas paru très claire aux participants à l’atelier citoyen.

Celui-ci a été réuni deux fois : le 25 juin et le 17 septembre. Le sujet à l’ordre du jour a jusqu’à présent été « la sente Aqua Verde » : « vaste » programme. La prochaine réunion est programmée fin janvier 2017.

Le débat en Conseil municipal après son interpellation par les habitants

710 Cachanais ont interpellé le Conseil municipal par une pétition. Le Maire l’a réuni le 18 octobre pour « débattre ». Sur les onze élus de la majorité municipale qui ont pris la parole ce soir-là, seul trois élus ont évoqué la question du centre-ville.

Robert Orusco, conseiller municipal délégué, après avoir indiqué qu’il ne comprenait pas la demande de la pétition, a dit :
« … Il y a deux choses : il y a un besoin de concertation sur des formes urbaines appropriées. … Après,c’est de discuter des fonctionnalités, notamment des mobilités. Dans le projet, je ne vois pas a priori ce qui modifie les fonctionnalités, la mobilité … Il y a un atelier citoyen qui travaille. Il va falloir travailler les fonctionnalités, la mobilité qui va du théâtre en passant par la place Jacques Carat, en passant devant le projet pour rejoindre les sentes des rives de Bièvre. Je pense qu’à un moment, l’objet des réflexions de l’atelier citoyen sera effectivement étendu … »

Au nom du groupe Cachan Ensemble, lors de ma seconde intervention (voir la première et la seconde intervention), j’ai fait les propositions concrètes suivantes :
« S’agissant du projet sur l’angle des rues Cousté-Guichard, il s’agit de parcelles au départ publiques (communales) où se trouvaient un parking et les locaux de la Croix Rouge. C’est bien le sujet : il n’y a pas eu de concertation pour déterminer l’usage de ces espaces. Or se posent des problèmes de stationnement, de circulation, de livraisons, de cheminements. Les problèmes de stationnement vont s’accroître avec la suppression des parkings autour de l’hôtel de ville et le déplacement de la station Autolib. Une approche d’ensemble s’impose …

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Nous sommes favorables à la suspension du projet à l’angle Cousté-Guichard pour faire place, ainsi que le demande la pétition de Concertons Cachan, à une concertation d’ensemble sur l’organisation de l’espace et des équipements publics du cœur de ville historique. Ensuite on pourra discuter du projet immobilier.
Un atelier citoyen a été mis en place en juin pour les rives de Bièvre : alors oui, utilisons cette instance au sein de laquelle des habitants ont commencé à travailler ensemble et étendons son champ géographique de réflexion. Ce sera un gain de temps appréciable pour la démarche. Trois ou six mois de réflexion ne représentent pas un inconvénient significatif par rapport à l’aménagement de ce site.

Madame la première adjointe, Monsieur le Maire, chers collègues, assurons nous ce soir d’envoyer le bon signal à cet appel reçu de nos concitoyens. Sachons saisir cette opportunité pas si fréquente de réconcilier la population et la politique. »

Dans sa réponse, Hélène de Comarmond, 1ère adjointe au Maire, indique :
« Je voudrais revenir sur le projet Cousté-Guichard en quelques mots parce que cela n’a pas été dit tout à l’heure. La pétition parle d’urgence mais en réalité, le Conseil municipal a acté la cession du foncier, il n’a pas donné le permis de construire….
Je comprends parfaitement l’inquiétude des habitants sur les conséquences que peuvent avoir avec la construction sur l’espace public..
Par contre, je ne comprends pas ce qui a été dit par M. Najman sur la question des parkings. Alors effectivement la question du stationnement est importante [voir : le stationnement, parlons-en !], mais nous avons quand même développé des parkings publics, dont le parking Hénouille qui est à 50 m … Un parking public qui dispose de places qui sont largement disponibles. Le parking sur lequel le projet va être réalisé, … avait été mis à disposition de façon transitoire [voir : l’évolution de l’offre en parkings dans le centre-ville]. Je pense, il y a un vrai sujet pour les habitants et je comprends cette interpellation.… La réponse que l’on peut apporter, c’est qu’effectivement les habitants soient associés à ce qui va se passer autour et qui va structurellement modifier l’espace public. C’est une occasion, une opportunité, de repenser aussi la manière de circuler dans ce quartier entre la place Jacques Carat et la rue Guichard et les rives de Bièvre avec le travail qui est en cours….
J’ai compris l’interpellation qui nous est faite comme le souhait d’être associé dans une réflexion sur les quartiers et plus globalement sur l’évolution de notre territoire. Le travail qui est fait avec notre urbaniste conseil est intéressant. Nous avons développé une méthode… :  mettre l’ensemble des habitants dans l’histoire et de reconsidérer également la place des architectes et des urbanistes, avec les élus, les habitants et les citoyens … »

Dans sa conclusion le Maire indique :
« … On me dit de suspendre le projet, mais je n’ai pas de projet. Pour l’instant, nous avons cédé le terrain, dont les deux tiers était de la domanialité publique [voir : propriété communale et domanialité], ensuite déclassée, c’est pour çà que que les tentatives de faire que la délibération ne passe pas, ne pouvait pas passer car il y avait une faible partie publique, le reste c’était du privé, avec également un arrêté  »de péril ». Je dis ça pour redonner les formes : ce projet, il n’a rien d’exubérant, il est dans les alignements. Rien n’est décidé, ce qui a été présenté au Comité de quartier c’était le projet que les promoteurs nous ont montré pour dire voilà ce qu’on veut faire après les échanges avec Nicolas Michelin… Pour l’instant je ne peux pas suspendre quelque chose qui n’est pas initié. Si on me dépose un permis de construire, on va discuter, mais pour l’instant je ne l’ai pas et donc je ne peux rien suspendre … Nous allons réaménager aussi l’espace Eustache Deschamps, si la construction se fait, pour une requalification de la place … »

Que ressort-il des interventions du Maire et de sa première adjointe en réponse à la pétition et à notre proposition ? Une ouverture timide de Mme Hélène de Comarmond. Rien de plus, rien de concret.

Un point sur ce programme immobilier du 21-29 rue Guichard

Le Maire dit qu’il ne peut rien suspendre : si, il pouvait suspendre la vente des terrains, car un promoteur achète du droit à construire et le prix qu’il propose est lié à la surface de planchers escomptée (au minimum 1.956 m2). C’est bien ce que révèle l’offre de la SIER faite au Maire de Cachan le 16 juin 2015 (voir la lettre de la SIER). La lettre commence par ce point et rappelle à la fin la condition suspensive de non obtention de cette constructibilité dans le permis de construire.

Lorsque l’on examine les présentations qui ont été faites de ce projet immobilier aux élus (le 29 janvier et le 25 novembre 2016), on ne constate aucune différence dans les caractéristiques :

  • · 1.540 m2 de surface de planchers de logements
  • · 28 appartements en accession (répartis en 5 T1, 10 T2, 9 T3, 4 T4)
  • · 32 places de parking
  • · 680 m2 de surface de planchers de commerces.

Soit un total de 2.220 m2 de surface de planchers, donc 264 m2 de plus que la constructibilité d’équilibre (1.956 m2) par rapport au prix de vente acté dans la délibération du Conseil municipal du 18 février 2016 (voir la délibération): c’est une marge de manœuvre pour le Maire. Il est possible de réduire la construction dans cette enveloppe sans remettre en cause la délibération, ni les termes de l’offre de la SIER.

Quelques informations supplémentaires ont été communiquées aux élus le 25 novembre :

  • · Hauteur maximale de l’immeuble : 14,80 m (maximum autorisé par le PLU : 15 m)
  • · 17% de surface de pleine terre (minimum requis par le PLU : 10%)
  • · 35 m2 de locaux vélo.

Et, pour répondre aux préoccupations manifestées par les habitants sur la perspective sur le Coteau qui sera obstruée par le futur immeuble, la SIER a fourni des simulations de volume (voir : les effets paysagers du projet de la SIER rue Guichard).
Belle perspective, mais l’on sait combien elles peuvent être trompeuses. Les plaquettes des promoteurs en regorgent.

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projet – document du promoteur

La signature de la promesse de vente du terrain, prévue pour mars 2016, s’est faite en juillet. Nous ne savons pas si cette vente a été actée.
On constate que pour le moment, aucune demande de permis de construire n’a été déposée.
Le démarrage des travaux était envisagé en novembre 2016 pour une livraison au 1er semestre 2018 : la Municipalité nous annonce maintenant un démarrage au 2e semestre 2017 pour une livraison au 1er semestre 2019. Cette année de décalage est-il le signe d’un travail qui se poursuit entre le pouvoir municipal et la SIER ? Nous n’avons aucun élément pour répondre à cette question.